Rapt
Acte I
La table est mise. Eclairage à la bougie. Simone est anxieuse elle se déplace de long en large. On frappe à la porte.
Simone : Qui c’est ?
Henri : C’est moi.
Simone : Qui ça moi ?
Henri : Ben moi, Henri, dépêche, ouvre !
Simone ouvrant la porte : C’est toi ?
Henri : Ben oui c’est moi, qui ça peut être d’autre ?
Simone : On sait jamais…ça va ?
Henri : Oui, oui, ça va.
Simone : Dis donc, je me suis inquiétée.
Henri : Fallait pas.
Simone : Tu me connais, j’suis pas rassurée tant que t’es pas rentré.
Henri : J’ai soif.
Simone : Le dîner est prêt depuis deux heures.
Henri : Regarde-moi ça comme j’ai transpiré, ma chemise est trempée. Ah ça, je peux te dire que j’ai mouillé ma chemise. Il l’ôte, il est en débardeur. Passe-moi une serviette.
Simone : Ca s’est bien passé ?
Henri : J’ai soif, j’te dis.
Simone : Voilà, voilà…ça c’est bien passé ?
Henri regardant par la fenêtre : C’est la nuit.
Simone : La nuit ?
Henri : Oui la nuit.
Simone : Et alors ?
Henri : La nuit il y a toujours plus de risques. Donne-moi à boire.
Simone : Qu’est-ce que tu regardes ?
Henri : Je regarde si j’ai pas été suivi.
Simone : Suivi ?
Henri : Oui suivi.
Simone : Suivi par qui ?
Henri : Par qui ? Elle me demande par qui j’ai été suivi ? Par le Père Noël tiens !
Simone : Le Père Noël ?
Henri : Mais non pas par le Père Noël !
Simone : Mais c’est toi qui vient de me dire : le Père Noël.
Henri : Oh tu comprends rien à rien. Tu m’donnes à boire oui ou merde ?
Simone : Voilà, voilà. Par qui t’as été suivi ?
Henri : Par les flics.
Simone : Les flics ?
Henri : Oui les flics !
Simone : T’as été suivi par les flics ?
Henri : Justement je sais pas, c’est pour ça que je regarde.
Simone : Mon Dieu on va se faire prendre, qu’est-ce qu’on va devenir ?
Henri : Chut… tais toi !
Simone : J’me doutais que ça allait mal finir. Oh mon Dieu quelle histoire, on va nous mettre en prison.
Henri : Mais tais-toi !
Simone : Qu’est-ce qu’on va leur dire ? Qu’est-ce qu’on va leur dire ?
Henri : On va rien leur dire. J’ai pas été suivi.
Simone : T’as pas été suivi ? Alors pourquoi tu dis que t’as été suivi ?
Henri : J’ai dit ça moi ?
Simone : Oui tu l’as dit.
Henri : J’ai dit peut-être…peut-être.
Simone : T’es sûr ?
Henri : T’es sûr ? Comment tu veux être sûr ? Avec eux on peut jamais être sûr. Ils peuvent m’avoir suivi et avoir repéré la maison et ensuite être allés chercher du renfort. Ils attendent peut-être qu’on soit profondément endormis et y donneront l’assaut avec le GIGN. Va donc savoir ! C’est qu’ils sont rudement organisés. En France on a la meilleure police du monde. Il suffit que le ministre de l’intérieur lève le petit doigt pour qu’aussitôt cinquante tireurs d’élites soient à leur poste. Mais t’inquiète pas j’suis prêt, je leur en ferai baver. J’me laisserai jamais prendre aussi facilement qu’ils l’espèrent. Ils peuvent venir me chercher. Quand on me cherche on me trouve. J’me battrai jusqu’à la mort !
Simone : Jusqu’à la mort ?
Henri : Jusqu’à la mort !
Simone : J’ai pas envie de mourir moi.
Henri : Et moi ? Tu crois que j’ai envie de mourir. Qu’ils y viennent, qu’ils y viennent seulement…chut !
Simone : Quoi ?
Henri : Chuttttttt ! Fausse alerte, j’me suis trompé, aucun doute, j’ai pas été suivi, ça devait être un chien ou un chat.
Simone : Tu m’as fait peur.
Henri : Un rien te fait peur à toi.
Simone : Quand même… Alors t’as trouvé quelque chose ?
Henri : Une étoile filante.
Simone : T’as trouvé une étoile filante ?
Henri : Fais un voeu vite ! Et m’le dis pas sinon il se réalise pas. Non j’ai rien trouvé.
Simone : Rien ?
Henri : Rien !
Simone : Mais alors ?
Henri : Mais alors rien, il a sûrement une très bonne planque qu’est pas visible à l’oeil nu. C’est un malin le papy, un malin.
Simone : T’as regardé dans le frigo ?
Henri : Dans le frigo ?
Simone : Oui, dans le frigo. A la télé une fois ils ont montré une enquête sur les frigos ben il y avait des gens qui cachaient des lingots d’or dedans.
Henri : Des lingots d’or dedans ?
Simone : Oui !
Henri : Pas de bol, il y avait pas de frigo.
Simone : Non ?
Henri : Oui !
Simone : Mais où il met son beurre pour pas qu’il soit rance ?
Henri : Est-ce que j’sais moi ?
Simone : Une maison sans frigo, c’est pas une maison.
Henri : Ah ça tu peux le dire. De l’extérieur elle est à peu près correcte, mais une fois à l’intérieur, une vraie cabane à lapin. T’aurais vu le bordel là-dedans, ça fait au moins trois mois qu’il a pas fait le ménage et ça puait la pisse de chat. Dégueulasse. Vraiment dégueulasse.
Simone : T’as aéré au moins ?
Henri : T’es folle ?
Simone : Pourquoi ?
Henri : Tu voulais peut-être que j’ameute les voisins aussi.
Simone : Bien sûr j’suis bête.
Henri : Je te le fais pas dire.
Simone : T’as fouillé partout ? T’as rien oublié ?
Henri : J’arrête pas de te le dire, j’ai fouillé, j’ai cherché, j’ai remué ciel et terre si tu veux savoir. J’ai repassé dix fois au même endroit. J’ai ratissé tous les coins et recoins de la maison. J’ai même déchiré les matelas comme ils font à la télé dans Navarro.
Simone : T’as déchiré les matelas comme dans Navarro ?
Henri : Un peu oui !
Simone : Quand même !
Henri : Une fouille c’est une fouille.
Simone : Oui mais lui déchirer son matelas, quand même, et pour rien en plus.
Henri : Je pouvais pas savoir… Oh et puis de quoi tu me parles là, qu’est ce qu’on en a à foutre de son matelas ? C’est bien fait pour lui, même, je lui aurais pas déchiré s’il m’avait dit où était sa planque.
Simone : Paraît qu’il y en a qui l’ont vu quand il est passé à la télé.
Henri : Tu l’as pas vu toi ?
Simone : Tu parles, la seule fois que je regarde pas la télé faut que ce soit quelqu’un du quartier qui passe. La voisine d’en face, elle l’a pas loupé elle.
Henri : La voisine d’en face ? La boiteuse ?
Simone : Non, pas la boiteuse, la voisine d’en face.
Henri : Ah, les voisins tu veux dire ? La voisine des voisins ? Celle qu’est mariée ?
Simone : Oui la voisine d’en face.
Henri : C’est ce que je t’dis, la voisine d’en face ! Quelle veine de cocu.
Simone : La voisine ?
Henri : Mais non, lui, pas la voisine.
Simone : Lui ? Il peut pas être cocu il a pas de femme.
Henri : Et alors ? Au fait qu’est-ce qu’il fait en ce moment ?
Simone : Il t’attend.
Henri : Pour quoi faire ?
Simone : Il a pas voulu dîner sans toi.
Henri : Ah, le salaud ! Le salaud !
Simone : Qu’est-ce qui te prend ?
Henri : Il me prend qu’il m’attend pas pour dîner, il m’attend pour me narguer !
Simone : Première nouvelle.
Henri : Tu comprends rien à rien toi !
Simone : Mais tu m’expliques pas, aussi.
Henri : Il veut nous déstabiliser, nous mettre à bout, nous faire craquer et nous pousser à abandonner. Il sait bien qu’on trouvera rien sans lui, il a une cachette secrète connue de lui seul et elle est introuvable, introuvable ! Et tu sais pourquoi il m’attend ?
Simone : Non.
Henri : Pour voir la tête que je vais faire et pour me faire son petit sourire narquois. J’veux pas le voir, t’entends, j’veux pas le voir !
Simone : T’es sûr que son argent est chez lui ?
Henri : Evidemment ! Tout le quartier le sait, il a pas arrêté de le dire.
Simone : Il a peut-être menti.
Henri : Non ! Dès qu’il a gagné, il est allé chercher directement son magot, il l’a pas laissé à la banque, il voulait pas leur laisser son argent à ces maquereaux. Il avait raison, c’est des voleurs ils te piquent ton blé, ils le placent, ils s’enrichissent sur ton dos, et par contre quand toi t’as un petit découvert, même de cent balles, ils te virent comme un malpropre, interdit de chéquier, amende et tout l’tralala. Non, le fric il est planqué chez lui, mais où ? Où ? J’ai fouillé partout ! Partout !
Simone : Tiens, mange donc un morceau, ça va te faire du bien.
Henri : J’ai pas faim.
Simone : Mange quand même.
Henri : On est pourtant aimables avec lui, jamais un mot plus haut que l’autre, on est polis, gentils, serviables, il est pas mal tombé avec nous, crois-moi, il est pas mal tombé.
Simone : Je sais, Riton, je sais.
Henri : Mais s’il veut qu’on soit méchant on peut le devenir.
Simone : Riton, tu m’avais promis.
Henri : J’ai promis, j’ai promis, d’accord, mais s’il ne fait pas un effort ça lui pend au nez… Qu’est-ce que t’as mis là-dedans ?
Simone : Du basilic.
Henri : Bizarre.
Simone : T’aimes pas ?
Henri : J’ai pas dit ça, j’ai dit bizarre.
Simone : Bizarre en bien ou bizarre en mal ?
Henri : Bizarre en rien du tout, bizarre… bizarre c’est tout !
Simone : C’est Victor qui m’a donné la recette.
Henri : Ah bon, maintenant tu l’appelles Victor et il te donne des recettes, en plus, bien ! Parfait, parfait.
Simone : Quoi parfait ? On fait rien de mal, on parle c’est tout.
Henri : Tu dois pas lui parler, c’est un prisonnier, on parle pas avec un prisonnier !
Simone : On fait quoi alors ?
Henri : On l’interroge !
Simone : Et ben c’est ce que je fais. Je l’ai interrogé sur les recettes qu’il connaissait et il m’a donné celle-là. Il en connaît plein, c’était sa branche.
Henri : Je croyais qu’il était dans la boulange ?
Simone : C’est ce que je te dis, c’était sa branche !
Henri : Ah……

